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mercredi 26 juin 2019

Bahreïn au « ToI » : Israël est là pour rester, et nous voulons la paix avec lui...


Khalid bin Ahmed al Khalifa dit que Manama pourrait être une "nouvelle donne" comme Camp David entre Israël et l'Égypte ; exhorte Israël à discuter de l'initiative de paix arabe...


MANAMA, Bahreïn – Le Bahreïn considère l’atelier économique dirigé par les Etats-Unis qui se tient cette semaine à Manama comme une possible « nouvelle donne » dont la portée équivaut à celle de l’accord de paix de Camp David conclu en 1978 entre Israël et l’Égypte, a déclaré mercredi le ministre des Affaires étrangères de l’État du Golfe, qui soutient également fermement le droit à l’existence d’Israël.
« Nous le considérons comme très, très important », a déclaré Khalid bin Ahmed Al Khalifa au Times of Israel en marge de l’atelier « Peace to Prosperity ».
Khalifa a également souligné que son pays reconnaît le droit d’Israël à exister, qu’il sait qu’il est « là pour rester » et qu’il veut la paix avec lui.
Il a déclaré que la conférence organisée ici par les États-Unis, qui est axée sur les aspects économiques du plan de paix israélo-palestinien de l’administration Trump, pourrait ressembler à la visite du président égyptien Anouar el-Sadate à Jérusalem en 1977, qui a ouvert la voie aux accords de Camp David et à la normalisation des relations entre Israël et l’Égypte.
« De même que Camp David 1 a été un changement majeur, après la visite du président Sadate – si cela réussit, et si nous nous appuyons sur cela, et qu’il attire l’attention et l’élan, ce sera la deuxième nouvelle donne », a dit Khalifa.
Dans une interview accordée dans sa suite à l’hôtel chic Four Seasons de Manama, Khalifa ne s’est pas engagé à normaliser les liens diplomatiques avec Israël dans un avenir proche, mais a affirmé sans équivoque le droit d’Israël à exister comme un État aux frontières sûres.
Le ministre bahreïni des Affaires étrangères Khalid bin Ahmed Al Khalifa (à droite) s’entretient avec Raphael Ahren du « Times of Israel » en marge de l’atelier Peace to Prosperity à Manama, Bahreïn, le 26 juin 2019. (Raphael Ahren/Times of Israel)
« Israël est un pays de la région… et il est là pour rester, bien sûr », a-t-il dit.
« A qui avons-nous proposé la paix avec l’initiative de paix [arabe] ? Nous l’avons proposé à un État nommé État d’Israël, dans la région. Nous ne l’avons pas offert à une île lointaine ou à un pays lointain », a poursuivi Khalifa, faisant référence à un cadre de paix soutenu par l’Arabie saoudite en 2002.
« Nous l’avons proposé à Israël. Nous croyons donc qu’Israël est un pays qui va rester, et nous voulons de meilleures relations avec lui, et nous voulons la paix avec lui. »
Bien que Bahreïn ne soit peut-être qu’un État arabe, aux côtés de l’Égypte et de la Jordanie, qui reconnaît publiquement le droit d’Israël à exister, « nous savons que nos frères dans la région y croient aussi », a-t-il dit.
Khalifa a indiqué que l’Initiative de paix arabe était le modèle à suivre pour normaliser les liens avec Israël. Le rejet du plan par Israël a été une « occasion manquée », a-t-il déploré, mais Jérusalem peut toujours reconsidérer sa position.
Il a encouragé les Israéliens à prendre contact avec les dirigeants arabes au sujet de toute question qu’ils pourraient avoir au sujet de cette proposition.
« Venez nous parler. N’hésitez pas à nous en parler. Dites-nous, les gars, vous avez une bonne initiative, mais nous avons une chose qui nous préoccupe », a-t-il dit.
Jared Kushner, conseiller principal et gendre du président américain Donald Trump, a déclaré cette semaine que la proposition de la Maison Blanche pour la paix israélo-palestinienne ne suivra pas les contours de l’Initiative de paix arabe, mais sera plus proche de la position israélienne.
Jared Kushner, conseiller principal de la Maison Blanche, s’adresse à l’auditoire lors de la séance d’ouverture de l’atelier « De la paix à la prospérité » à Manama, Bahreïn, le 25 juin 2019. (Bahrain News Agency via AP)
En ce qui concerne le plan de paix de Trump, M. Khalifa a déclaré qu’il n’avait pas encore vu la partie politique de la proposition à deux volets de l’administration américaine, mais qu’il était prudemment optimiste à ce sujet.
« Nous devons attendre. Je ne peux pas parler de quelque chose que je ne connais pas. Mais nous espérons que ce plan politique sera également attrayant pour tous », a-t-il déclaré. « Regardez l’atelier. C’est très attirant. On ne veut pas donner une offre attrayante et puis venir et apporter quelque chose qui pourrait la retarder. Nous voulons que cela se poursuive sur la même lancée. Alors nous verrons. »
Interrogé sur le type des éléments d’un éventuel accord que Bahreïn pourrait conclure, il a répondu : « Tout ce sur quoi vous pouvez être d’accord avec les Palestiniens. »
S’exprimant mercredi lors de la conférence, le secrétaire au Trésor américain Steve Mnuchin a déclaré qu’il souhaiterait que le plan économique de la Maison Blanche soit adopté par la communauté internationale.
De gauche à droite, le secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin, le prince héritier Salman bin Hamad Al Khalifa et Jared Kushner, conseiller principal de la Maison-Blanche, assistent à la séance inaugurale de l’atelier « Peace to Prosperity » à Manama, Bahrein, le 25juin 2019. (Bahrain News Agency via AP)
« C’est un plan économique régional. Bien que Gaza et la Cisjordanie soient au cœur de ce plan, il inclut également la Jordanie, l’Égypte et le Liban… il est très important que nous nous concentrions sur ces économies dans leur ensemble », a-t-il dit.
« Plus important encore, nous voulons un consensus international… Nous voulons que ce plan ne devienne pas un plan des États-Unis, mais un plan international. Maintenant que le plan existe, nous prévoyons des changements, nous prévoyons des ajouts, nous comptons sur l’adhésion, et en fait, l’étape suivante consistera à faire de ce plan un plan collectif », a déclaré Mnuchin.
Mnuchin a ajouté : « C’est un plan qui peut très bien se réaliser. »
« Je sais qu’il y a beaucoup d’argent dans cette salle », a-t-il dit au public qui souriait.
L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

« Maudit jusqu’à la 7ème génération », cette imprécation serait scientifiquement prouvée à l’Université de Tel-Aviv….


Preuve à l’appui (ou presque), une étude du Prof. Oded Rechavi de l’École des Neurosciences de l’Université de Tel-Aviv, assisté des docteurs Rachel Posner et Itai Toker, tend à démontrer que les souvenirs enregistrés par les cellules nerveuses peuvent être transmis aux générations suivantes par des molécules de transport du matériel héréditaire de type « petits ARN »…

L’hérédité ne passe pas seulement par le biais de l’ADN
« À ce jour, l’un des organismes les plus couramment utilisé pour les études sur ce sujet est un minuscule ver transparent appelé C. elegans. Pas moins de six prix Nobel ont été attribués pour des études sur ce ver depuis l’année 2000 » raconte modestement ce grand ponte.
Et pourtant c’est bien le Prof. Rechavi et son équipe qui ont réussi à déterminer si la mémoire encodée tout au long de la vie dans les neurones du cerveau pouvait être transmise aux générations futures à l’aide de ces petites molécules d’ARN de la même façon que ces vers étaient capables de transmettre à leur progéniture, sur plusieurs générations, au moins deux traits acquis au cours de leur vie, contrairement à la conception qui domine depuis des décennies, à  savoir que l’hérédité ne passe pas seulement par le biais de l’ADN, mais aussi par d’autres mécanismes génétiques capables de transférer à la progéniture des traits acquis au cours de la vie.
« Ainsi, par exemple, nous avons constaté que la résistance aux virus et la mémoire de l’état nutritionnel des parents sont transmises à leur descendance par le biais de ces petites molécules d’ARN capables de migrer et de transférer des informations héréditaires de cellule en cellule ».
« Nous avons franchi un nouveau pas important vers une compréhension approfondie des processus et des mécanismes de cette forme d’hérédité.
Nous ne savons pas encore si le processus que nous avons découvert se produit également chez l’homme, mais si c’était le cas, nos découvertes pourraient avoir des implications de grande portée.
« Petit pois de l’hérédité épigénétique », la réponse fournie par l’étude a été positive, le système nerveux peut transmettre des souvenirs aux futures générations !
Il y a plus de cent ans, les scientifiques ont découvert le fonctionnement de l’hérédité génétique par l’ADN grâce à une étude sur les petits pois et sur les mouches. Nous espérons que le ver sur lequel nous travaillons sera le petit pois de l’hérédité épigénétique » conclut le Prof. Rechavi.
Le système nerveux peut transmettre des souvenirs aux futures générations ?
Ceci expliquant cela… D’où la faculté de pouvoir transmettre et voir s’exécuter de père en fils, de descendance en descendance la célébrissime imprécation : « Qu’il soit maudit jusqu’à la 7èmegénération ».
par Bely Landerer pour Tel-Avivre –

GATEAU SUPER MOELLEUX AU CITRON..


GATEAU SUPER MOELLEUX AU CITRON
בס"ד
En hommage à ma tres chere Piroulie.
Ce moelleux a fait des ravages chez moi, et c`est devenu LE gateau prefere du shabbat  !
Je vous conseille de l`essayer au plus vite !

Ingredients
4 oeufs
2 citrons (jus et zestes)
80 g de farine
40 g de maizena
100 g et 30 g de sucre glace
80 g de margarine fondu
1 sachet de levure chimique
Decor : sucre glace

Preparation
Prechauffer le four a 180 degres - th 6.
Prendre le zeste et le jus des 2 citrons. Reserver.
Melanger la farine tamisee, la maizena (cornflour) et la levure. Reserver.
Separer les oeufs.
Blanchir les jaunes avec 100 g de sucre glace au fouet du robot.
Baisser un peu la vitesse puis ajouter tres doucement le jus et les zestes des citrons.
Ajouter en filet la margarine tiede tout en battant.
Ajouter ensuite le melange de farine petit a petit.
Augmenter la vitesse du robot jusqu`a ce que ce soit homogene.
Battre les blancs en neige avec une pincee de sel, puis ajouter 30 g de sucre a la fin et serrer.
Incorporer les blancs dans le melange des jaunes en 3 fois en melangeant de haut en bas a l`aide d`une maryse.
Verser dans un moule a gateau de 24 cm a bords hauts.
Enfourner pour 20 a 25 mn.
Laisser refroidir et saupoudrer de sucre glace.

Le Temps d’un violon : Un spectacle musical exceptionnel...


Après une standing ovation à Netanya en juin dernier, la mélodie du peuple juif résonnera LE TEMPS D’UN VIOLON le 22 Juillet à Tel Aviv ! Une Voix, Un Violon et 2000 ans d’histoire…Un voyage exceptionnel interprété par Cécile Ben’s et mis en scène par Steve Suissa…

500 personnes debout, applaudissant à tout rompre, le cœur chaviré, les yeux humides pour l’incroyable prestation de Cécile Bens’. Pendant près d’une heure et demie, l’artiste a emporté la salle avec elle lors de ce spectacle émouvant dédié à la musique, aux compositeurs et paroliers juifs du monde entier qui ont accompagné l’Histoire du peuple juif.
Violoniste professionnelle, chanteuse à la voix puissante et veloutée, danseuse et comédienne, Cécile Bens’ nous a fait voyager dans le temps en convoquant tous les arts. Un spectacle puissant mis en scène par Steve Suissa qui a séduit le public de manière unanime.
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« L’écriture de ce spectacle m’a permis de voyager dans le temps durant quelques mois et de découvrir les trésors et le patrimoine que nous possédons et que personne ne pourra nous enlever. C’est avec toute Humilité, Respect et Pudeur, que je souhaite de tout cœur comme un passeur que ce spectacle puisse toucher chacune des âmes qui se trouveront dans la salle comme j’ai pu l’être moi-même en l’écrivant. Un voyage qui nous permet de ne jamais oublier d’où nous venons le temps d’un violon. Ce violon qui va nous raconter notre histoire et nous emmener dans des lieux et des époques parfois difficiles et douloureuses mais qui en ressortira toujours plus grand ».
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Chantés et magnifiés par la voix, le jeu et le violon de Cécile Ben’s, Gershwin, Mendelssohn, Arthur Rubinstein, Yehudi Menuhin, Barbara, Moustaki, Barbara Streisand, John Williams, Naomi Shemer, Léonard Cohen, Enrico Macias, Jean Jacques Goldman, Primo Levy se croiseront à Salonique, New York, Auschwitz, Paris, Gottigen, Jérusalem… Le temps d’un violon….
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« Cette musique a fait écho de générations en générations et continuera sa résonance pour ce et ceux qu’on laisse derrière nous afin de nous permettre de ne jamais baisser les bras et de continuer d’y croire. Nos âmes sont envahies d’harmonies qui nous lient les uns les autres que nous soyons séfarades ou ashkénazes et c’est ce qui fait notre particularité et notre unité».
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Le 22 juillet Le Temps d’un violon sera présenté à Tel Aviv au théâtre Suzanne Dellal

Réservez vite !

mardi 25 juin 2019

Rachel Ertel : le yiddish et la mémoire dans la peau !


Une femme d'exception relate l'histoire d'une langue d'exception, mélange d'une culture, d'une allégorie d’un monde disparu et d'une mémoire trop riche pour que l'avenir l'oublie..


A travers ses essais, ses traductions et son enseignement, Rachel Ertel a consacré sa vie à faire connaître la richesse de l’univers yiddish. Ce livre d’entretiens, dans lequel elle confie son parcours personnel, ses convictions et ses rencontres, résonne comme l’allégorie d’un monde disparu dont, en archéologue passionnée, elle exhume les trésors. La mémoire du yiddish est trop belle, trop riche, trop vive pour que l’avenir l’oublie. « Restez silencieux et vous vous trouverez tout à coup au beau milieu du yiddish » disait Kafka. Lisez ce que Rachel Ertel nous en dit. Et vous comprendrez…
Rachel Ertel : L’émission s’appelait : « Mémoire du yiddish ». Le sous-titre Transmettre une langue assassinée n’y figurait pas, afin de ménager les auditeurs que ce genre d’annonce aurait pu déconcerter…
On apprend, au détour d’une question, que vous avez détruit le manuscrit de votre autobiographie. Pourquoi un geste si violent ?
Rachel Ertel, Entretiens avec Stéphane Bou, MÉMOIRE DU YIDDISH, Transmettre une langue assassinée, Albin Michel.
Je n’arrivais pas à exprimer ce que je ressentais vraiment. Je l’ai tout simplement jeté à la poubelle. Je pense que j’avais besoin d’un interlocuteur.
Ce livre peut-il faire figure, sinon d’autobiographie, du moins de
« biographie autorisée » ?
Le poète anglais Coleridge a écrit une biographie littéraire (ndlr Biographia Literaria, 1817). C’est un peu ce que j’ai voulu faire : il s’agissait pour moi de raconter le trajet que j’ai emprunté au cours de ma vie. Si j’y suis parvenue, c’est grâce à Stéphane Bou et à sa bonne écoute.
Reste qu’il reconnaît lui-même avoir eu parfois le sentiment de vous forcer à répondre ! Fallait-il ce jeu de questions/réponses pour qu’apparaisse le « je », absent de tous vos écrits antérieurs comme l’est la lettre « e » dans La disparition de Perec ?
Dans mes livres précédents, je n’ai en effet jamais employé la première personne. La présence de Stéphane Bou m’a permis de me débloquer, de dire finalement « je » et de dévoiler un certain nombre de choses que je gardais secrètes, enfouies au plus profond de moi. Il m’a, en quelque sorte, ouverte à un questionnement que je ne parvenais pas à faire seule.
C’est d’ailleurs, rappelle Stéphane Bou, sur une citation de Perec « Je n’ai pas de souvenirs d’enfance » que s’ouvre l’un de vos textes précédents dans lequel vous évoquez « jusqu’à l’âge de neuf ans, un vide complet, un mur infranchissable ». Vous êtes née en Biélorussie, dans la ville de Slonim. En septembre 1939, après le pacte germano-soviétique et l’invasion de la Pologne orientale par l’Union soviétique, la ville fut rattachée à la République socialiste soviétique de Biélorussie. De nombreux juifs furent alors victimes des purges staliniennes. Pourquoi votre père fut-il arrêté ?
Mon père était bundiste, juif socialiste, menchevik. Cet engagement politique le rendait évidemment suspect aux yeux des autorités soviétiques. Une grande proportion des juifs des shtetls et des bourgs militait pour acquérir la liberté et la citoyenneté, espérant l’avènement d’un monde meilleur, un Avenir radieux, pour reprendre le titre d’un auteur soviétique ! Chacun militait selon ses convictions : il y avait les sionistes, les anarchistes, les bundistes, les socio-démocrates… Comme beaucoup de ses camarades de Slonim, mon père faisait partie du Bund. Il a été arrêté et déporté au goulag parce que considéré comme ennemi du peuple.
Ce moment peut-il être perçu comme un tournant dans le destin du yiddish, dès lors menacé en tant que symbole incarnant le désir d’autonomie de ces Juifs ?
Pour les bundistes et les yiddishophones en général, le yiddish était en quelque sorte un substitut de l’Internationale ! C’était évidemment inacceptable pour les soviétiques. Le yiddish avait connu un âge d’or en Union Soviétique : c’était dans les années qui ont suivi la révolution à laquelle de nombreux juifs avaient pris part. Par la suite, le yiddish et l’hébreu ont été bannis de cette Fédération russe.
Après l’arrestation de votre père, pourquoi avez-vous été envoyée avec votre mère dans un village de Sibérie ?
Pour la seule raison que ma mère et moi étions considérées, en tant que membres de la famille d’un ennemi du peuple, comme ennemies du peuple. Nous avons été déplacées dans un hameau de Sibérie où nous étions assignées à résidence.
Vous avez été rapatriées en Pologne en 1946. La guerre était finie. Pour autant, le danger n’était pas écarté pour les Juifs, victimes de pogroms dont vous rappelez qu’ils firent encore plus de mille victimes. Les déplacements en train étaient très dangereux…
L’armée nationale polonaise arrêtait les trains, en faisait descendre les Juifs et les fusillait le long des rails… Ma mère m’a raconté qu’elle avait décidé que nous ne voyagerions pas dans le même wagon.
Vous revenez, dans cet entretien, sur le fait juif qui empêche la Pologne de construire son « épopée glorieuse ». Comment
l’expliquer ?
Six millions de Juifs ont été assassinés pendant la Seconde Guerre mondiale par les nazis. Les Polonais ont considéré qu’ils en avaient été les victimes principales. Des enjeux mémoriels les ont empêchés de construire leur roman national. Ils étaient, en quelque sorte, gênés, encombrés par la mémoire juive, évidemment centrée sur cette extermination.
De nombreux articles publiés par The Times of Israel font état des inquiétudes suscitées par la résurgence d’un antisémitisme polonais de plus en plus virulent. Que vous inspirent les tentatives d’une jeune génération de juifs décidés à relancer une vie judéo-polonaise, notamment à travers des centres communautaires à Cracovie et Varsovie ? Est-ce un leurre ?
On constate en effet l’émergence d’un antisémitisme avec, par exemple, l’existence d’une radio qui diffuse des discours antisémites totalement décomplexés, alors qu’il n’y a que peu de Juifs en Pologne.
La démarche de ces jeunes juifs visant à faire revivre une vie juive est, selon moi, très utopique. C’est sympathique mais, à mon sens, totalement irréalisable car la Pologne, étant donné son catholicisme militant, n’est pas prête à accepter la présence de Juifs et la continuation d’une culture juive sur son territoire.
Centre communautaire de Cracovie. (Autorisation)
Pendant votre absence, votre père, revenu à Slonim, est mort dans le bombardement de sa menuiserie dont il avait fait le quartier général des partisans. Pourquoi est-ce en France que vos parents (votre mère et votre père adoptif) ont décidé de s’installer ? Est-ce parce que, selon le dicton, D.ieu y est heureux ?
Dans toute l’Europe de l’Est et en particulier chez les populations juives, la France était considérée comme le pays de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, selon le motto de la République.
Et si l’Affaire Dreyfus avait révélé l’existence d’un antisémitisme français, elle avait aussi montré qu’une moitié du pays s’était mobilisée pour défendre le capitaine juif. C’était, pour beaucoup, dans ce pays que les Juifs avaient les meilleures chances de s’implanter.
D’autres ont fait le choix de partir aux Etats-Unis, au Canada ou, à l’époque, en Palestine. Ma famille est passée par la France et y est restée. Mon frère, ma sœur et moi avons tout de suite adopté le français. Par ailleurs, une partie de notre famille, installée en Amérique, avait prévenu nos parents que leur statut d’écrivains yiddish ne leur assurerait pas un revenu suffisant pour permettre à leurs enfants de suivre des études supérieures…
Quelle est cette « guerre des langues » dont vous dites qu’elle existait depuis le XIXe siècle, entre l’hébreu et le yiddish ?
Elle a commencé en Europe de l’Est vers le milieu du XIXe siècle qui a vu l’émergence de la Haskala, la naissance d’une littérature hébraïque et la renaissance du sionisme qui était celui des Amants de Sion. Pour les proto-sionistes, l’hébreu était la langue qu’il fallait faire revivre. Le yiddish restait néanmoins la langue de la masse juive, parlée par 99 % de la population juive en Europe de l’est. Les deux langues étaient en concurrence, en quelque sorte. L’hébreu était restée la langue liturgique et savante quand le yiddish, qui l’avait supplanté, était à la fois langue véhiculaire et littéraire.
Que dire des mots très durs dont fut gratifié, après 1945, le yiddish, devenu « lingua non grata » ?
Le septième million de Tom Segev parle des rescapés qui ont gagné Israël et y ont été très mal reçus. Ils étaient considérés comme des lâches partis à l’abattoir comme des moutons. Tout ce qui rappelait ce que, en Israël, on nomme l’exil et que j’appelle moi, la diaspora, était perçu comme une sorte de tache sur l’histoire juive. C’est ce qui avait conduit mes parents à conclure qu’il n’y avait pas de place pour eux.
Vous précisez que l’obédience bundiste de vos parents ne sous-tendait aucune forme d’anti-sionisme, mais qu’ils étaient des « Juifs diasporiques ». C’est une notion à laquelle vous êtes vous-même très attachée. Lors d’interviews accordées en France, l’écrivain israélien Avraham B. Yehoshua interpelle les Juifs français dont il interroge
« l’identité française », tout en admettant la complexité de la question. Ce à quoi vous semblez répondre sans la moindre difficulté : votre identité est « juive et française » et cette double appartenance, une « fusion »…
Absolument. J’aurais pu être, si nous avions émigré ailleurs qu’en France, juive américaine ou juive argentine. J’aurais de toutes façons été juive, comme je le suis en France où je me sens effectivement dans une sorte de double appartenance.
Langue assassinée, le yiddish est aussi la langue de personne, pour reprendre le titre de votre livre paru en 1999 au Seuil. Il est langue- sentiment, langue-émotion ; il est langue-monde mais aussi langue-fossile, langue perdue ou encore langue fantôme, en référence au discours de Bashevis Singer recevant le prix Nobel de littérature en 1978. Pour Aharon Appelfeld, le yiddish a « le parfum de la compote de pruneaux ». Cela fait beaucoup pour une « petite langue » !
Oui, c’est une langue-monde et, s’agissant de l’Europe, c’est la plus européenne des langues. Quel que soit l’endroit d’Europe où ils se trouvaient, les Juifs parlaient le yiddish. C’était vrai en Europe de l’Est bien sûr, mais aussi à l’Ouest, suite aux différentes migrations. C’est donc véritablement une langue-monde et finalement toutes les désignations que vous venez d’énumérer se recoupent !
Dans la langue de personne, de Rachel Ertel. (Autorisation)
Pourquoi récusez-vous l’appellation de langue-morte ? En quoi ne traduit-on pas pas le yiddish comme on traduit le grec ou le latin ?
Parce que le yiddish est une langue assassinée, ce qui lui donne un tout autre statut. Un statut que je désigne comme étant « sacralisé », tout comme sont sacralisées les victimes de l’extermination.
Dans Le musée invisible, les chefs-d’œuvre volés, (Ed. Du Toucan, 2009), le journaliste Nathaniel Herzberg évoque Golus, tableau pillé, peut-être détruit en 1933. L’œuvre est signée du peintre du ghetto Samuel Hirszenberg. Cette cohorte avançant dans la neige, dont nul ne sait ce qu’elle va devenir, saisie sur un tableau fantôme, ne fait-elle pas écho aux romans de votre mère, Menuha Ram, Le vent qui passe (Julliard, 1974) ou Exils (Julliard, 1993), écrits d’une « voix neutre et blanche » sur des thèmes « restés figés dans les glaces de Sibérie » ?
Je connais cette toile. Elle représente vraiment la diaspora en marche. S’agissant du roman Exils, j’ai parlé de voix neutre et blanche car ses héros sont dépeints sans aucun pathos ni aucune sentimentalité. Il y a, dans ces livres, une vraie démarche d’empathie avec la population juive bien sûr mais aussi les paysans russes et les kazakhs que ma mère avait rencontrés dans ce village.
Tableau Golus. au musée d’art et d’histoire du Judaïsme,, Fonds du musée d’Art juif de Paris (Edition :Kunstverlag Phönix, Berlin/Inscriptions N° 97)
C’est dans le foyer de la rue Guy Patin où vous avez habité entre 9 et 12 ans qu’est né votre « attachement viscéral » au yiddish. Un mot se détache : « Vitalité ». L’énergie créatrice des rescapés serait-elle aujourd’hui désignée sous le terme de « résilience » ?
Malgré la définition qu’en donne Boris Cyrulnik, la résilience relève, pour moi, de l’acceptation, la soumission au sort. La vitalité, c’est autre chose : c’est une volonté farouche, hors normes, de survivre après l’extermination. De survivre et surtout, de créer. Ce phalanstère yiddish, peuplé d’écrivains, de poètes, de peintres et de chanteurs a été marqué par une volonté de reconstituer la culture qui avait été détruite. C’est une sorte de revanche, d’opposition, d’affirmation sur le Khurbn. Cette vitalité, cet engagement dans la vie m’ont marquée dès mon enfance, même si je ne comprenais pas tout. C’est devenu le socle sur lequel ma vie s’est bâtie.
Le mot « Shoah », adopté par le Parlement israélien, repris et popularisé par Claude Lanzman pour son film, est celui qui prévaut. Le terme « Khurbn » que vous venez de prononcer, est celui auquel vous restez fidèle…
Bien entendu, j’utilise le terme courant, « Shoah », pour me faire comprendre mais en mon for intérieur, c’est le « Khurbn ». C’était le terme employé par les victimes, en référence aux deux Temples détruits. La troisième destruction, qu’ils appelaient der dritter khurbn, a été celle du peuple, Temple du judaïsme.
Pourquoi attribuez-vous à l’acte de traduire le yiddish un statut unique qui procure à la fois douleur et joie ?
Le lectorat du yiddish, c’est un fait, est très restreint. Et l’on sait que traduire un livre du yiddish est un acte de témoignage de ce qui a été et de ce qui ne sera plus. C’est une douleur de penser que personne, après la lecture de la traduction, n’ira plus voir la version originale. C’est un acte de deuil pour la même raison que ce qui a disparu ne peut plus se reproduire ni perdurer.
Quand j’ai traduit de l’anglais, je savais que cette langue n’avait pas besoin de moi pour vivre. S’agissant du yiddish, traduire est un acte de témoignage et de deuil. Mais la traduction est une forme d’écriture qui procure la joie esthétique de réussir à translater, à transporter, à transférer d’une langue dans une autre. Je pense au conte de Yts’hak Leiboutch Peretz, Métamorphose d’une Mélodie dans lequel il parle d’une mélodie hassidique qui, transmise d’une génération à l’autre et d’un lieu à un autre, se transforme tout en restant la même. Pour moi, la traduction, c’est cela. C’est aussi une émotion, au sens étymologique du terme qui porte avant tout l’idée de mouvement. C’est, pour moi, un acte spirituel.
Dans les bagnes du Tsar. (Autorisation)
Vous êtes un exemple édifiant de la vitalité créatrice dont nous parlions car pendant l’élaboration de ce livre, vous avez traduit Dans les bagnes du tsar (Ed. de l’Antilope) de H. Leivick !
Il y en a même deux qui sont parus en même temps. Il faut également citer Erev, À la veille de… de Eli Chekhtman (Ed. Buchet Chastel). Ce sont là deux chefs-d’œuvre de la littérature yiddish.
Sollicité par The Times of Israel, le fondateur des éditions de l’Antilope, Gilles Rozier dont vous avez dirigé la thèse, confiait : « Ce qui nous frappe, dans la traduction de Rachel Ertel, c’est combien, du fait de son vécu, sa traduction française est en symbiose avec le texte original en yiddish. En effet, comme elle le raconte dans son recueil d’entretiens, du fait de sa maîtrise parfaite des deux langues, « ses deux langues », quand elle lit un texte en yiddish, la traduction en français lui vient naturellement, comme une traduction mentale avant d’être écrite ». C’est cela, avoir le yiddish dans la peau ?
Erev, À la veille de… (Autorisation)
Avoir le yiddish et le français dans la peau ! Dès que je suis en situation de traduction, je lis la phrase en yiddish et elle me vient en français. C’est véritablement symbiotique.
Stéphane Bou décèle une tentative plus personnelle. Dans Le garçon qui voulait dormir, d’Aharon Appelfeld, c’est dans les rêves qu’un jeune rescapé des camps parvient à se relier au monde disparu. Traduire serait-il pour vous le viatique vers le monde yiddish, la « matérialité du monde » dont parle Philip Roth ?
Oui, absolument, pour moi, c’est ce dont il s’agit. Il y a véritablement, à travers cette proximité, le maintien d’une sorte de présence charnelle, ce que j’appelle le substrat de l’univers yiddish.
Vous qualifiez de « complexe » votre rapport à Israël tout en soulignant votre attachement à son existence…
Un attachement viscéral…
Ces entretiens permettent de comprendre que vous n’approuvez pas la politique du gouvernement de l’Etat hébreu, pas plus que vous n’êtes d’accord avec la loi proclamant Israël comme « L’Etat-nation du peuple juif » parce qu’elle « crée en son sein des catégories de citoyens distinctes, en les hiérarchisant ». Mais il y a une autre raison, qui ramène à la diaspora…
Oui, car cette loi signifie que c’est aussi, en quelque sorte, « mon » Etat. Or, il ne l’est pas. Autant je suis attachée à l’existence d’Israël, autant je ne peux considérer qu’Israël est mon Etat. Et je n’ai pas été consultée sur cette question. La loi est, en quelque sorte, en contradiction avec mon vécu.
Et si, pour clore ce passage consacré à votre lien « complexe » à Israël par une « touche » sioniste, nous citions ces vers de Itsik Manguer que vous qualifiez d’apollinariens : « J’ai erré partout à l’étranger, maintenant je vais errer chez moi en Israël » ?
Ce poète de la langue « lingua non grata », né en Roumanie, a traîné ses guêtres partout dans le monde : en Europe de l’Est, aux Etats-Unis, à Londres où il a vécu pendant la guerre. Il est allé mourir en Israël, avec le sentiment qu’il y errerait, de la même façon qu’il avait erré toute sa vie. C’est, au fond, un poète vagabond, nomade, comme le sont tous les poètes yiddish.
Israël aurait-il pu être un Etat bilingue ?
Oui, parce que les fondateurs du sionisme et de l’Etat d’Israël étaient yiddishophones. Ils ont voulu forger un homme nouveau et sont revenus, pour cela, à la langue ancestrale qu’ils ont renouvelée. Ils auraient pu garder les deux langues. Qu’il en ait été autrement est l’une de mes douleurs…
Mais aujourd’hui, le yiddish ne résiste-t-il pas même s’il est, à Brooklyn, très mâtiné d’anglais et en Israël, mâtiné d’hébreu ?
Une page d’un journal en yiddish. (Autorisation)
En fait, chez les ultra-orthodoxes, le yiddish est la langue qui sert notamment à commenter les Textes.
Plongée dans les Livres sacrés, elle ne crée pas de littérature et ne s’intéresse pas à la dimension esthétique, littéraire et culturelle du yiddish.
L’écrivain Ron Rash, désigné aux Etats-Unis comme « le poète de la perte », rencontre un immense succès en racontant la dégradation des Appalaches. Vous concluez cet entretien en rappelant la phrase « Tout est perdu, gardons la perte *». N’est-ce pas à travers la perte que peut, finalement, perdurer la vitalité du
yiddish ?
C’est à cela que je m’emploie et que je me suis toujours employée tout au long de ma vie, en ce qui concerne le domaine yiddish : garder la perte. C’est un univers entier, une littérature, une culture foisonnante et
superbe ! Ce qui est tragique, c’est qu’elle a été fauchée, exterminée au moment de sa plus belle éclosion, alors que naissait toute la beauté du modernisme.
Il y a là un trésor inestimable qu’il faut garder et transmettre d’une manière ou d’une autre, parce qu’il nous nourrit et nourrira l’avenir.
Même si les locuteurs sont actuellement peu nombreux, je suis convaincue que le yiddish, qui a un millénaire d’existence, représentera une part incontournable de l’histoire juive. Je pense que ce trésor se transmettra de générations en générations. Je le pense et je l’espère.
* H. Cixous, C. Wajsbrot, Une autobiographie allemande, C. Bougeois, 2016
Rachel Ertel, Entretiens avec Stéphane Bou, MÉMOIRE DU YIDDISH, Transmettre une langue assassinée, Albin Michel, 224 p, 19 €

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